Rédigé par Samuel Crucifix                                                             aventure vécue en avril 2019 / Rédaction le 01 novembre 2020 / 10 minutes de lecture

TINTIN AU TIBET

Le titre est vraiment révélateur. car oui, ce fameux reporter à la houppette rousse, etait parti bien avant moi pour retrouver son fidèle ami Tchang aperçu en rêve frigorifié et perdu au beau milieux de l'Himalaya. Ayant lu cette aventure depuis ma plus tendre enfance des dizaines de fois, m'étant evadé mentalement dans ces contrées lointaines pour pouvoir effleurer ce que ce personnage de fiction qu'est Tintin avait pu ressentir entouré de ces montagnes plus hautes même pour certaines, que les géants nordiques du Jothuneim, je me décidais donc à franchir le pas en achetant mes deux billets d'avions ( Paris - Katmandou, Katmandou - Lukla ). Plus rien ne me retenait attaché à mes montagnes françaises, plus aucune hésitation, même sans aucun entrainement préalable le désir prend le dessus sur la raison, mon compagnon de route ( Mike ) etant lui aussi prêt à en découdre avec les éléments pour apercevoir cette montagne si sacrée pour les Népalais du nom de Sagarmatha, plus communément appelée : Everest.

 

 

SIDÉRATION

Une fois arrivé à destination, la réalité nous rattrape bien vite : la pollution de Katmandou nous irrite la gorge, le vacarme des vendeurs ambulants ainsi que des véhicules à moteurs nous casse les oreilles, aucun doute, l'univers immaculés de blanc que nous sommes venus contempler se trouve derrière toute cette grisaille. Impossible d'y échapper, nous prenons notre mal en patience, tout en attendant avec empressement le vol de demain, car celui-ci nous emmènera enfin aux portes de l'Himalaya grâce à notre très cher sir Edmund Hillary ( premier explorateur à avoir gravi l'Everest ) qui eut la bienveillance de bâtir la piste d'atterrissage la plus terrifiante du monde, dans le but que toutes personnes aventureuses puissent profiter de cette immensité.

 

Yéti Airlines, tel est le nom de la compagnie aérienne que nous empruntons. L'abominable homme des neiges est bel et bien une légende, Eric Shipton l'a parfaitement demontré, mais pas les chiffres effarants designant le nombre de catastrophes aériennes que cette compagnie a mlaheureusement déja à son actif. Soyons honnêtes, une donnée ne facilite pas les choses : l'atterrissage est seulement à vue par temps degagé sur une piste de 20 mètres de large, 500 mètres de longeur, inclinée à douze degrés.. Autant dire que si tu es un humain normalement constitué le stress fait également parti du poids de ton sac à dos et.. celui-ci peut être vraiment très lourd.

 

Le petit avion balloté par les différents courants célestes provenant de l'Himalaya poursuit son vol, résistant aux forces venteuses et aux trous d'air, mais l'heure n'est plus à la peur, car passant au-dessus de cette colonne vertébrale géante faite de pics abrupts, à travers le hublot,  l'heure est enfin à la contemplation. Le panorama s'offre à nous, se dévoilant de toute sa beauté parfaite tel une mer blanchâtre qui ne demande qu'à se faire admirer.. Cette perfection nous fait oublier un instant que nous avons desormais atteri. Sortant de l'avion, l'air frais emplit mes poumons : me voici enfin de chair et d'os foulant les terres oniriques de ma jeunesse.

ASSAUT

 Etant tout d'un coup à 2860 mètres d'altitude avec nos sacs de 12 kilos chacun sur le dos, nous pensions que la fatigue allait se faire ressentir promptement. Finalement, il n'en fut rien, avalant les 13 km de notre première étape sans aucun mal. Le jour suivant fut consacré a l'acclimatation obligatoire afin d'éviter œdèmes cérébraux et autre sensations désagréables dues à la dépression atmosphérique de nos corps à une altitude elevée. N'ayant pas voulu réserver les services d'un guide ( sherpa ), rien ni personne ne pouvait nous empêcher de continuer notre chemin, malgré les différentes recommandations d'habituer son corps au minimum deux jours à "basse altitude"... Qui savait que nous le regretterions? Sûrement pas nous.

 

Le premier col à gravir est appelé '' Renjo La'' par les habitants de l'Himalaya dans la vallée du Khumbu, culminant à 5360 mètres d'altitude. Nom a priori classique, à connotation espagnol, mais d'une dureté si haute que la phrase "n'abandonne pas samuel" résonnait en boucle en mon esprit lors de son ascension. Mon ami et moi-même, fûmes surpris de constater à quel point il est difficile de mettre un pied l'un devant l'autre après avoir atteint les 5000 mètres. C'est à cet instant bien précis, a bout de souffle, les tempes bourdonnant, assis sur des cailloux ressemblant curieusement à des marches taillées, que nous comprîmes sans même nous regarder que nous étions montés bien trop rapidement en altitude, sans respecter les paliers. Que faire ? Redescendre en dessous des 3000 quitte à perdre un jour ou deux ? Surement pas ! Le harassement est présent mais la détermination reste intacte,de plus le sommet est en vue. Il est temps que l'on se remette debout, qu'en penses-tu mike ? 

 

Le point de vue au sommet valait bien des efforts, mais les difficultés rencontrées me parurent si rudes que lorsque nous atteignîmes notre lodge au lac Gokyo en fin d'après-midi, je m'endormis de suite dans un sommeil profond, extenués mais heureux, heureux d'apposer mon empreinte, ma trace dans cette neige si pure, qui disparaitra avec certitude dans quelques jours, mais qui ne pourra fondre en ma mémoire.

 

 

ECLAT

Le deuxième col, le Cho la, s'annonça plus robuste que le premier, mais la force engrangée ainsi que l'expérience acquise du Renjo nous permit de le gravir sans trop de difficulté malgré quelques passages neigeux et brumeux. Un groupe de Canadiens rencontrés la veille, n'eut pas la même force physique ce qui eut pour effet de les retarder grandement dans leurs itinéraire, car certains succombèrent au mal aigü des montagnes. Quelquefois, l'expression pleine de bon sens : l'union fait la force, n'a pas la même ampleur avec tant de paramètres à prendre en compte. 

 

La marche dans les alpages de Dzongla me parut interminable. Un long et large plateau perché à une hauteur similaire à celle du Mont Blanc ( 4800 mètres ) semblant sans fin avec sa fine couche de neige fraiche, ce qui ne découragea en aucun cas les yacks de continuer leurs chemin, le gardien lancant régulièrement des pierres à l'avant du troupeau pour faire avancer plus rapidement le meneur, donnant le rythme aux suiveurs. Continuant le chemin étroit, au détour d'un virage, le glacier du Khumbu nous fit enfin face. Le sifflement du vent mêlé aux bruits de pas des bêtes, me donna une sensation encore inconnue à ce jour, comme si la nature me pénétrait, me remplissant d'une paix intense, c'est ce genre de moments que l'on savoure, qui nous permet de savoir également pourquoi l'on respire et l'on souffre.

Une question me vint donc à l'esprit : L'Everest pourra t'il me faire frémir autant ?

 

Un vent toujours plus insistant nous glace les os lors de la montée au Kala Patthar ( monticule donnant accès au plus beau point de vue sur le versant sud de l'Everest ). Le bal des hélicoptères vrombissant dans le ciel nous accompagne jusqu'en haut. Notre vision est trouble dû à la fatigue emmagasinée mais nous percevons avec netteté notre objectif. L'Everest se devoilant de toute sa splendeur au fur et à mesure que notre aventure touche à sa fin, c'est bien lui, immobile, encloisonné autour du Lhotse et du Nuptse. Le Pumori lui aussi est présent, nous toisant de toute sa neige eternelle balayé par les vents incessants. Le paysage est d'un idyllique rare et la mission est accomplie, comblant avec brio cet espace laissé vacant par le désir intense de pouvoir admirer le point culminant de la planète de nos propres yeux.

 

Merci à toutes celles et ceux qui nous ont soutenu pour accomplir cette aventure qui laissera une trace indélébile dans nos coeurs.